Don Quichotte | 2010

Oeuvres sur papier / Don Quichotte

2010


Comme l’idée l’encre court et fait son chemin

Le travail sur les personnages continuent mais il s’affranchit de l’œuvre originale et devient en cela une recherche esthétique. Cette dernière prend les atours de la BD (on voit là les réminiscences d’une vocation avortée) qui emprunte pour beaucoup à ce grand artiste qu’était Franquin. Sans doute je me souviens des Idées noires de cet auteur en esquissant « la chute de cheval », « le quatuor en marche » et autres motifs marqués par des déliés… encrés

On sent par ailleurs une recherche d’équilibre, une tension dans les teintes chaudes et froides. Bien loin de rechercher une figuration, ou du moins un mimétisme du réel, dans la forme et la couleur les motifs exacerbent les oppositions (Don Quichotte filiforme en couleurs froides et mortifères, Sancho « rebondi » et teintes chaudes vives). Le symbole est davantage visé que l’anecdotique. Les teintes sont dans la continuité de la série 2009 mais sans doute choisies avec un peu plus de bonheur (mais que de brouillons pour arriver à cet état !)

La chute

Profondeur et majesté du noir encré

En 2010 je reprends le dessin à proprement parler par le biais de l’encre de Chine. Possédant une piètre opinion de mes talents de dessinateur (sans doute par excès de référence de génie) et donc peu assuré d’accomplir quelque chose de notable par les moyens et outils habituels (plume, crayon et autres) je prends le parti de la difficulté et de la contrainte technique forte susceptibles d’ouvrir une voie toute personnelle, je dessine comme je peins : au couteau. Voilà qui est singulier.

Mais ne faut-il pas chercher systématiquement la singularité pour être soi et ne pas singer les autres et au final atténuer les carences techniques par les audaces formelles?

Les motifs et scènes de l’année 2010 sont aussi l’occasion d’approfondir une méthode de travail qui passe nécessairement par le numérique afin d’aplanir, de conditionner, de préparer le terrain du papier : je travaille donc en amont sur les motifs imaginés à la tablette graphique sur Artrage avant de me lancer (voir la partie Brouillon / numériques). L’encre de Chine a cela de vital qu’elle permet tout à la fois les errances inspirées et ne pardonne guère les fourvoiement approximatifs du hasard. L’encre de Chine est au crayon ce que la moto est à la voiture : on ne se déplace pas en pensant à autre chose, il faut être pleinement, entièrement dans le trajectoire… ou on se vautre.

Les premières esquisses sont un peu empruntées. Parfois trop chargées car le couteau vous dépasse ou que le papier aspire par capillarité, boit l’encre et l’appelle à vos dépens, anticipe votre inspiration. Peu à peu je varie la pointe et le fil et le trait s’effile, devient plus aiguisé et de là plus signifiant en contraste avec des plages sombres et lustrées. Une fois maitrisé le trait je passe à la mise en couleur car, même si certaines esquisses sont restées en noir et blanc à l’état « brut », le dessein est tout de même de parvenir à un jeu entre le trait sous-jacent et les aplats de couleur appliqués avec parcimonie : pour ne pas enterrer le trait j’apprends le glacis pour sublimer sans effacer (voir les transparences à l’œuvre dans « la chute » ci dessous qui deviendront une constante).

La chute [détail]
Don Quichotte | 2010 || Galerie

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