Villes | 2007

Oeuvres sur toile / Villes

2007


“Il ne s’agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture.” [Pierre Bonnard]

Sur les bans de l’école je m’ennuyais en dessinant des cubes empilés, formes simples qui « figuraient » des buildings assez sommaires. C’était un motif entêtant d’autant plus incongru pour un gamin de province… (je n’ai malheureusement point gardé de traces de ces chefs d’œuvre…)

Quand je me mis à peindre sérieusement (mais peut-on peindre légèrement ?) ce motif s’est tout de suite imposé en force. De fait je suis rentré en peinture davantage par la fenêtre de l’étage (l’abstraction) que par la porte (la figuration) : voire pour s’en convaincre les toiles de 2004 dans « Œuvres sur toiles / autres »). J’appelais ces toiles des « déconstruction » mais pour autant la construction proprement dite des villes ne s’était pas alors faite (au contraire la série des « nus » commença par représenter le motif pour être assez vite « déconstruite »: voire même chapitre).

J’ai peint, cherché, fureté, buté ou louvoyé pendant plusieurs années. Cela ne m’empêchait pas de faire des toiles, et même des toiles qui pouvaient susciter quelque autosatisfaction (orgueil hors de ce corps !). Mais toujours il demeurait un manque, un désappointement, la conscience diffuse que je cherchais et que certaines toiles contenaient des  bribes, des morceaux de bravoure timide, que la voie se dessinait dans ces parcelles acquises et glanées dans chaque toile et pouvait aboutir à un tout plus cohérent, plus parfait (c’est un bien gros mot en matière de peinture). Rien de plus empirique que cet exercice. Rien de plus douloureux que la synthèse à atteindre, du moins si on la cherche avec un peu trop de hâte.

Il faudra attendre finalement 2007 pour que je revienne à la porte (mais j’emportais tout de même un bout de fenêtre car la figuration proprement dite m’intéresse assez peu).

 

Toile originale et originelle

Paris le jour

Van Gogh, Caillebotte, Cézanne et bien d’autres s’étaient frottés à l’exercice des toits de Paris, motif qui fait le grand écart entre la figuration et l’abstraction (par la répétition du motif, par le découpage, l’écrasement et l’amoncellement qui brouillent au final les frontières et « géométrisent » le paysage urbain).

Je connaissais depuis longtemps le tableau de Van Gogh. Je l’appréciais tout autant que la « La chambre à coucher« , l’« amandier en fleurs«  ou le peut-être moins connu « Moisson à la Crau… ». Sans doute une histoire de lumière dans le ciel, sans doute aussi cette perspective, ces strates de toits, sans doute aussi sa particularité dans la production de l’artiste.

Je ne sais trop pourquoi un beau jour de 2007 j’entamais des recherches photographiques sur le sujet des toits de Paris. Je trouvais des vues approchantes mais rien de pleinement satisfaisant. Qu’importe, je me lançais et, dans l’espace d’une sieste de mon fils, sans aucun temps mort, sans aucun « repentir », sans aucune approximation (combien il est certain, on le comprend, que le tableau résidait déjà, intact, dans ma tête) j’exécutais « Paris le Jour«  et inventais dans la foulée ce qui serait ma patte (« pâte »?), mon style, et plus profondément mon esthétique, mon regard sur les choses. Ce style ne sort pour autant pas de nulle part, il est le fruit d’une digestion lente de tous les noms qui précèdent et de beaucoup d’autres références : on peint davantage avec les méandres huileux et tortueux des choses vues qu’avec son couteau, aussi chargé soit-il car il ne sera jamais aussi soul et subtil que notre caboche.

Et tout le reste n’est que littérature : Lyon, New York, Cuba, toutes les toiles qui suivirent cette année là et les suivantes ne sont que des déclinaisons de ce coup d’archet. A la fois effrayant et… ainsi.